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"Si je me considère comme guéri, je suis foutu" : un ancien alcoolique en Touraine raconte son combat pour s'en sortir

Publié le par kreizker

France Bleu, 14 Janvier 2026

"Si je me considère comme guéri, je suis foutu" : un ancien alcoolique en Touraine raconte son combat pour s'en sortir

Alcoolique pendant deux décennies, celui que nous appellerons Paul est aujourd'hui sobre. Et ça fait 21 ans que ça dure. Pour autant, cet habitant de Vouvray ne se considère pas comme guéri. "On ne peut jamais être sûr de l'être", dit-il. Témoignage.

 

Pour beaucoup, une petite bière ou un simple verre de vin une fois dans la semaine, ça ne fait de mal à personne. Mais pour d'autres, ce n'est même pas la peine d'y penser. En plein "Dry January", ICI Touraine a rencontré un ancien alcoolique, pour comprendre à quel point il est dur de remonter la pente lorsque, pendant des années, la boisson a été votre meilleure amie. Nous l'appellerons Paul. Il vit à Vouvray, il a 65 ans et il est sobre depuis 21 ans désormais.

 

Toutes les histoires sont différentes, dit-il. Moi, ça a commencé quand j'ai débuté dans la vie active." Paul a la vingtaine et il commence "à boire seul". De façon quasiment quotidienne. "Mais sans me rendre compte le moins du monde que ça pouvait être un problème." Les années passent, les quantités ingurgitées augmentent, la fréquence aussi. "Il y a une première bascule quand j'ai entendu, autour de moi, des commentaires désobligeants. Du style : 'Pourquoi tu prends un troisième apéritif, tu en as déjà pris deux ?' C'était dans le cercle familial et amical. Je ne comprenais pas. Ou plutôt, je ne voulais pas comprendre. Pour moi, il n'était pas question d'alcoolisme à ce moment-là."

 

"On a besoin de boire pour fonctionner, c'est ça l'alcoolisme"

 

Pour faire taire les remarques, Paul commence à boire en cachette. "Je me disais que s'ils ne voyaient plus boire, ils penseraient que tout va bien. Parfois, je pique de l'argent dans le portefeuille de ma mère, à 40 ans passés." C'est le début de la descente aux enfers. La bouteille de whisky ne fait pas deux jours. "Et j'y vais à même le goulot." Paul use de subterfuges pour paraître le plus naturel possible. "On devient un bon acteur, on fait comme si on était sobre en permanence."

Or, personne n'est dupe. Ses proches, sa femme et ses deux garçons s'inquiètent. Mais Paul ne parvient pas à arrêter. "Je me sentais tout à fait capable de gérer. Je me disais : 'Je vais calmer le jeu, c'est une mauvaise passe.' Et là, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas. En fait, il faut savoir qu'on a besoin de boire pour fonctionner, c'est ça l'alcoolisme. C'est-à-dire que, moi, à partir de 16h, j'avais envie de boire. Je n'avais pas besoin de regarder l'horloge, rien qu'avec le ressenti de mon corps, je savais quelle heure il était."

 

"Arrête ou tu vas crever"

 

Les premières idées noires arrivent. "Je pensais que je n'arriverais jamais à me passer d'alcool. Je me disais : 'Continue, on verra bien où ça te mène'. C'était terrible." Sauf qu'un beau jour, à l'hiver 2005, c'est le déclic. "Mon épouse m'a fait voir une bouteille vide et elle est partie en pleurant. Ça m'a électrocuté. Je me suis dit : 'Arrête ou tu vas crever.' En rentrant à la maison, mon plus jeune fils m'a regardé en me disant :'Enfin, papa, tu vas faire quelque chose.' C'était le deuxième électrochoc en 15 minutes. Je ne savais exactement quoi faire, mais j'ai compris, à ce moment-là, qu'il fallait que j'agisse."

 

Son salut va passer par les Alcooliques Anonymes. Il se rend à sa première réunion à Chambray-lès-Tours et entame un travail de rétablissement en 12 étapes. Au début, c'est dur, le manque se fait sentir. "L'alcool, c'est une addiction. Donc, le cerveau, quand il n'a pu vu passé son produit, il a téléphoné et dit : 'Qu'est-ce qu'il se passe, mon fournisseur, il fait quoi ?' Ce n'est pas parce qu'on pose le verre que c'est fini. Les tripes réclament leur dû. Il faut du temps pour que ça rentre dans l'ordre."

 

Petit à petit, le temps fait son effet. Et aujourd'hui, l'alcool est un lointain souvenir pour Paul. Mais il en conscient, il n'est pas guéri et ne le sera jamais. "Si je me considère comme guéri, c'est foutu. Parce que je vais me remettre à boire et je ne sais pas où ça me va me mener. Le seul moyen d'être tranquille, c'est l'abstinence. Zéro alcool." Il applique ça depuis 21 ans maintenant, tout en allant régulièrement, chaque semaine, aux Alcooliques anonymes. Un espace d'expression qui lui fait du bien. "Quand j'avais besoin d'aide, ils étaient là. Maintenant, quand des nouveaux arrivent, c'est moi qui suis là. Et c'est bien normal."

Publié dans AA france

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"On vous recommande des choses, mais on ne vous commande jamais" : dans une réunion des Alcooliques Anonymes à Paris

Publié le par kreizker

France Inter, 14 Janvier 2026

Le logo des Alcooliques Anonymes sur une vitre d'un local de l'association

Le logo des Alcooliques Anonymes sur une vitre d'un local de l'association

Depuis sept ans en France, c’est le "Dry January", un mois sans alcool pour mieux se rendre compte de sa consommation. L'occasion pour les Alcooliques Anonymes, association fondée il y a 90 ans aux États-Unis, d’ouvrir leur porte et de montrer leur utilité. Près de 600 groupes existent en France.

 

 

Un café et quelques bonbons avant de débuter la réunion. Et comme un rituel, la modératrice du jour prend la parole avec la formule consacrée : "Bonjour les amis. Je m'appelle Olivia, je suis une alcoolique." Elle rappelle ensuite brièvement les statuts des Alcooliques Anonymes et détaille la méthode en 12 étapes pour sortir de cette addiction. "Le désir d'arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre des AA. Les AA ne demandent ni cotisation ni droit d'entrée, nous nous finançons par nos propres contributions. Les AA ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique."

 

 

Ce jour-là, une trentaine de personnes assistent à la réunion, de tous milieux. La parole circule librement. Thomas 47 ans, prend son courage à deux mains. Après une vie d’alcool, ça ne fait que deux semaines qu’il a arrêté… Il décrit des journées compliquées, l’envie quasi-immédiate de boire à nouveau en rentrant chez lui.

 

Personne ne commente, si ce n’est pour applaudir et donner du courage aux autres. Et puis, à chaque récit, une boisson différente. Pour Lili, c’était des grandes canettes de bières pour "ponctuer ses journées", explique-t-elle. Un quotidien rythmé par l’alcool pendant des années. Aujourd’hui, elle fait très attention à la tentation.

 

"Ça te vide, les réunions des AA", insiste un participant. Une sincérité difficile mais qui rapproche les participants, comme l’explique Philippe, 21 ans d’abstinence. "En alcoolique anonyme, j'ai retrouvé mon humanité, et l'humanité c'est effectivement les émotions, comme la peur. On peut apprendre à les accepter. Quelque chose d'important aussi, c'est vivre dans les 24 heures : contente-toi du présent, c'est déjà assez laborieux comme ça de temps en temps. Ça me fait énormément du bien et j'avoue que  je suis vraiment très très heureux d'être parmi vous, d'être en alcoolique anonyme."

 

Les nouveaux reçoivent un dépliant avec des résolutions pour les 24 prochaines heures : tenir aussi grâce à des numéros d’urgence, des personnes de confiance à appeler en cas d’urgence. La fin de la réunion approche, Caroline distribue les médailles d’abstinence : "Un mois, deux mois, trois mois, quatre mois… Tu l'as déjà eu le mois dernier, alors bravo pour tes quatre mois et demi !"

 

Catherine Solano, présidente des Alcooliques Anonymes en France, présente les trois atouts de ces réunions : "La réassurance, la bienveillance et l'identification. On s'identifie à des personnes qui sont plus avancées que vous dans l'abstinence, donc vous vous dites 'mais c'est possible pour moi aussi'. Et vous êtes toujours écouté, jamais jugé, on ne vous donne aucun conseil : on vous recommande des choses, on vous propose des solutions, mais on ne vous commande jamais, et ça c'est génial."

 

Encore faut-il faire connaître cette association : aux États-Unis, il existe un groupe des AA pour 1.000 personnes. En France, c’est seulement un groupe pour 100.000 personnes.

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Alcooliques Anonymes France

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Alcooliques Anonymes France

Publié le par kreizker

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