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« JE NE PRENDRAI PAS LE PREMIER VERRE »

Publié le par kreizker

Mammouth Media (Belgique), 11 Janvier 2024

 

« JE NE PRENDRAI PAS LE PREMIER VERRE »

Le soir tombe sur la capitale. Tout le monde rentre chez soi après le travail, sort avec des amis, sa famille ou bien se prépare pour aller boire un verre. Tout le monde ? Non. Une partie de la population qualifiée d’”alcoolique” se réunit lors de réunions anonymes pour parler d’un problème qui a bouleversé leur vie.

Marcel (nom d’emprunt) arrive devant une façade faite de pierres anciennes. Il a 77 ans. Une fois la porte ouverte, le pensionné prend les escaliers et se dirige vers une salle, louée par le mouvement dont il est membre, les Alcooliques Anonymes (AA).

Chaque jeudi, il est là bien avant le début de la réunion. Il est alcoolique et n’a pas peur de le dire. Depuis ses 41 ans, il assiste aux réunions des Alcooliques Anonymes. Aujourd’hui, c’est lui qui l’organise. Au fond de la pièce, il ouvre une grande armoire et en sort de la décoration spécifique aux AA. Des panneaux, des prospectus, des cadres, des prières et des livres. Tout ce décorum arbore un même message, celui de l’espoir, message qu’il distillera aux quatre coins de la pièce.

 Marcel ouvre la porte du local dans lequel ont lieu les réunions des AA

Depuis 2008, c’est dans cette salle qu’ont lieu les réunions. Ici, ils ne dérangent personne et gardent un anonymat total. Le prix est raisonnable et c’est tant mieux. Hormis le chapeau dédié à la collecte, aucune contribution n’est demandée aux membres. « C’est un local très mal entretenu avec du simple vitrage, mais on ne le paie pas cher. C’est pratique pour les réunions et puis, ça nous permet de rester anonymes et de nous y sentir bien », résume Marcel.

 

C’est du café infect, mais c’est un sérum de vérité.

Le local est simple. Il n’y a qu’une grande table, une dizaine de chaises et quelques armoires sur les côtés. Marcel installe la documentation, mais aussi et surtout, un percolateur avec du café. « C’est nécessaire d’avoir un percolateur qui fonctionne correctement et de pouvoir offrir du déca en poudre. C’est du café infect, mais c’est un sérum de vérité. » Il n’est pas toujours facile de témoigner ou de partager ses soucis avec l’alcool, mais c’est toujours plus simple et convivial autour d’un café.

Juste avant 20 heures, les participants entrent dans la salle. Ce ne sont que des hommes. Ils sont quatre en tout. Trois plus âgés et un plus jeune. Marcel se met en bout de table, car c’est la place du modérateur, celui qui organise la réunion. Il commence par se présenter. « Je m’appelle Marcel et je suis alcoolique ». Chacune des personnes présentes fait de même. Pendant deux heures environ, les quatre hommes partagent des expériences difficiles, des peurs, des doutes et surtout des messages de courage. La seule règle à respecter est que tout ce qui se passe pendant la réunion doit y rester. Lors d’un moment de partage, le plus jeune membre, Luca (nom d’emprunt) a partagé une peur qui l’a envahie. « J’étais tout seul pour manger dans ce bar. Il n’y avait pas de pression, pas de problème apparent… Mais je me sentais mal. J’avais envie de partir le plus vite possible. J’ai vraiment senti le danger de prendre ce premier verre ».

 Ceux que vous voyez ici, ce que vous entendez ici, quand vous partez, laissez-les ici.

Pour les uns, l’alcoolisme est une honte, une “bestiole” qui ne veut pas vous lâcher ; pour les autres, il est le stigmate d’un passé lointain, un vieux souvenir. Mais pour tous, il est la raison de leur présence. La seule condition requise pour assister aux réunions est le désir d’arrêter de boire. Cependant, cela n’a pas toujours été une évidence pour tous les membres.

Luca a attendu ses 27 ans, une chute écrasante dans sa vie et plusieurs cures de désintoxication pour s’y rendre. C’est sa tante, alcoolique comme lui, mais sobre depuis treize ans, qui lui a parlé des AA. Au début, il ne se sentait pas à sa place. Il ne voulait pas ressembler à ces gens qu’il voyait en réunion. Il avait des stéréotypes vis-à-vis des alcooliques. Il a d’abord eu l’impression d’être avec des personnes qui manquent d’éducation et qu’il n’était pas comme elles. Cependant, il y est retourné. S’il a replongé entre temps, cela fait environ trois ans que Luca continue d’assister aux réunions des AA, une fois par jour, avec la perspective d’aborder les prochaines vingt-quatre heures. Un défi à la fois.

LA FORCE D’UN GROUPE

À force de se rendre à des réunions comme celles organisées par Marcel, Luca a le sentiment de faire partie d’une communauté. Il rencontre des gens qui ont des problèmes similaires aux siens. Il se voit et se revoit à travers les témoignages des membres du mouvement. « J’ai un sentiment d’appartenance au mouvement, au mode de vie qui m’est proposé. » Après le partage de sa peur, chaque membre a d’ailleurs pris le temps de le remercier. L’atmosphère est rassurante et sans jugement. C’est la bienveillance qui règne et qui permet aux personnes présentes de tisser des liens.

Marcel accrochant une affiche de la réunion dans le hall d’entrée

Marcel accrochant une affiche de la réunion dans le hall d’entrée

Tisser des liens oui, mais pas forcément des liens d’amitié en dehors des réunions. Pour Luca, c’est l’appartenance au mouvement qui est la plus forte, la plus importante. « J’ai l’impression de ressentir une amitié spirituelle avec les gens que je rencontre en réunion. J’apprécie parler de mes expériences avec des gens qui comprennent ce que je vis au quotidien. » Il parvient à s’identifier aux autres et à se rappeler d’où il vient.

Pour Marcel, contrairement à Luca, voit les Alcooliques Anonymes comme une deuxième famille. Pour lui, l’alcoolique a souvent des problèmes avec sa famille. « Il y a des gens avec qui je ne me suis pas spécialement bien conduit. Encore aujourd’hui, j’essaie de les éviter. » Lorsqu’un nouveau membre se joint à une réunion, il arrive souvent que les autres lui laissent leurs numéros de téléphone pour se soutenir en cas de besoin. Par ce biais, des relations se créent et certaines se poursuivent en dehors des réunions. C’est pendant ces rencontres que des objets sont offerts. Ils servent à faciliter la compréhension du mouvement, mais surtout à inciter les membres à demander de l’aide quand surgit la tentation de prendre le premier verre.

DOUZE ÉTAPES

Au sein du mouvement des Alcooliques Anonymes, chaque groupe est libre d’organiser la réunion comme il le veut. Cependant, il existe douze étapes et douze traditions communes à tous les membres. « Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus », récite Marcel, en débutant la liste de ces étapes. Pour lui, ce sont des étapes importantes à suivre tous les jours pour s’assurer un bon mode de vie à l’écart de l’alcool.

Ma manière de penser et de vivre n’était pas la bonne

Luca est animé par la volonté de changer de vie. « Cela fait 10 ans que j’essaie de sortir de cette dépendance. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir pu construire une vie de famille ou de ne pas habiter là où je le désire. » Cependant, il explique avoir eu un déclic. Arrêter de boire, mais surtout, s’acclimater à un nouveau mode de vie. « Ma manière de penser et de vivre n’était pas la bonne. J’ai souvent recommencé à boire à cause de l’anxiété. » Aujourd’hui, il assiste au minimum à une réunion par jour et cherche à modifier entièrement sa façon de vivre et de voir les choses.

Les cures de désintoxication lui ont permis de se sevrer physiquement, mais pas toujours mentalement. Lorsqu’il est sorti, il s’est mis à assister régulièrement aux réunions. « Pour changer de mode de vie et vivre seul dans le monde avec ses anxiétés, il n’y a que les AA que j’ai vus comme une solution ».

À la fin de la réunion, les membres récitent une prière à Dieu ou à une instance supérieure qu’ils se représentent chacun différemment, et rentrent chez eux, animés par la volonté de tenir jusqu’à demain. Ils ont en tête une unique devise : « Quoi qu’il arrive aujourd’hui, je ne prendrai pas le premier verre« .

Le local dédié aux AA sans décoration

Le local dédié aux AA sans décoration

Partie du local avec un percolateur et des gobelets en carton apportés par les AA

Partie du local avec un percolateur et des gobelets en carton apportés par les AA

Pièce offerte aux membres des AA

Pièce offerte aux membres des AA

Groupe "Bill et Bob"

Rue Madyol 5 - 1200 Woluwe-Saint-Lambert

Fondé en février 1977  

A propos de ce groupe :

http://www.kreizker.net/-416

Publié dans AA Belgique

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USA Alcohólicos Anónimos®

Publié le par kreizker

USA Alcohólicos Anónimos®
USA Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Bienestar Común"

12345 Bellaire Blvd. - Suite 'B-12'- Houston - Texas 77072

 

USA Alcohólicos Anónimos®
USA Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Serenidad"

2342 S Kedzie Ave - Chicago - Ilinois 60623

 

USA Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Despertar"

557 W 156th St - New York - NY 10032

Fondé en 1972

Publié dans AA Monde

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Dans la Var, Martha raconte son alcoolisme: "Ma dose pour mettre ma vie sur pause"

Publié le par kreizker

in "Nice-Matin" (France), 16 Janvier 2024

Relever le défi de "Janvier sans alcool", c’est l’occasion de mesurer sa consommation et, éventuellement, de se rendre compte que celle-ci est trop importante. Martha, Varoise de 45 ans, raconte comment elle a atteint l’alcoolisme. Et comment elle s’en est sortie.

Si elle préfère témoigner de façon anonyme, c’est parce que Martha sait bien ce que peut provoquer l’idée de l’alcoolisme: du dégoût. C’est ce qu’elle ressentait à son propre égard avant de se rétablir.

Si elle préfère témoigner de façon anonyme, c’est parce que Martha sait bien ce que peut provoquer l’idée de l’alcoolisme: du dégoût. C’est ce qu’elle ressentait à son propre égard avant de se rétablir.

Solaire. C’est ainsi qu’est Martha (1). Son sourire éclaire la pièce dans laquelle on la rencontre à Saint-Raphaël en plein cœur du Dry January, son humour illumine la conservation. Pourtant, cette petite femme de 45 ans, dissimule sa part d’ombre. Un côté obscur qu’elle a longtemps caché dans l’alcool. "Je voulais oublier ma vie", lâche-t-elle, d’un ton neutre.

Aujourd’hui, Martha va bien. La dernière fois qu’elle a bu, c’était le 20 août 2023. Depuis, elle fréquente chaque semaine l’antenne raphaëloise des Alcooliques Anonymes. C’est là qu’elle raconte au groupe qui l’a accueillie les bras ouverts, sans jugement le chemin tortueux qui l’a conduite jusqu’ici.

"J’avais une de ces soifs!"

Et il remonte loin. À l’été où Martha, tout juste majeure, perd son frère et son meilleur ami dans un accident de voiture. "J’ai toujours été une fêtarde, mais là je me suis mise à boire plus. J’avais une de ces soifs! Il n’y avait que ça qui passait, même pas de l’eau." La jeune fille d’alors s’enivre pour anesthésier son chagrin. C’est son premier contact sérieux avec l’alcool. Il dure trois mois.

Puis, pendant sept ans, Martha ne boit quasiment plus. Mais sa vie n’est pas rose. "J’ai fréquenté de mauvaises personnes…", résume-t-elle, pour dire les abus, les violences, les séquestrations que font lui font subir deux hommes successifs. À cette époque, pas question d’alcool.

 

À 25 ans, la jeune femme parvient à s’extirper de ces situations. Pour mettre de la distance avec sa mère et sa sœur, avec qui elle entretient aussi des relations difficiles, elle quitte la région. Quand elle revient en 2008, sa route croise de nouveau celle d’"une personne toxique". "Il me harcelait, me suivait…" Pour parvenir à dormir, Martha recommence à boire. Mais là encore, elle arrête une fois la situation revenue à la normale. "Quand j’ai arrêté, ça allait", explique-t-elle.

Basculement

C’est en novembre 2015 que la véritable descente aux enfers de l’alcool démarre pour Martha. Au moment où sa sœur décède d’une embolie pulmonaire. "Elle-même buvait, explique la quadra, je pensais que ce serait ça qui l’emporterait." Elle se remet alors, elle, à boire sérieusement, "comme en hommage à [sa] sœur". D’abord avec des amis, puis seule. "Ma consommation n’a jamais été quotidienne, précise-t-elle. C’était des cuites. Je sentais qu’il me fallait ma dose. Pour mettre ma vie sur pause."

Au fil du temps, le délai entre chaque cuite se réduit. À partir de 2022, Martha boit trois litres de vin par semaine, en deux fois. "Je me suis dégoûtée comme un alcoolique vous dégoûte." Mais ce sont les conséquences sur son travail dans la grande distribution qui ont le plus d’impact sur sa dignité. "Personne ne m’a fait de remarque, mais à l’époque, j’avais une gastro tous les mois, j’étais souvent absente. Et puis, je me suis mise à faire des erreurs bêtes et ça, ce n’était pas moi: je suis une vraie pro et mon travail, je le fais bien", lance-t-elle, comme encore vexée.

Au printemps dernier, elle décide de prendre le chemin de l’abstinence, commence une diète, reprend le sport. Et s’enivre moins souvent. Elle a toutefois bu le soir où elle contacte les Alcooliques Anonymes par téléphone. "Je suis tombée sur des personnes d’une bienveillance incroyable, je me suis sentie comprise, c’était comme une caresse sur mon cœur." On lui donne le contact de celle qui sera sa marraine.

Fierté anonyme

Aujourd’hui, Martha se sent "incroyablement bien": "J’ai perdu quarante kilos, j’ai une clarté d’esprit, mon cerveau percute et je n’oublie plus rien. J’ai fait la paix avec ma maman. Elle est fière de moi." Fière, elle l’est aussi d’elle-même. Fière est encore la chandelle qu’elle estime devoir aux Alcooliques Anonymes. "Je ne m’en serais pas sortie sans eux." Elle explique: "C’est important d’entendre certaines choses, de se rendre compte que cette maladie touche tout le monde."

 

Martha sait aussi que la rechute est possible. Elle la craint. Notamment si un nouveau drame devait survenir dans sa vie. Alors elle s’accroche aux Alcooliques Anonymes. "Comme une moule à son rocher", rit-elle, prenant un accent d’ici à couper au couteau. Et de brandir son téléphone et l’application qui lui permet de compter ses jours de sobriété. En ce jeudi de janvier, Martha claironne qu’elle n’a pas bu depuis quatre mois, vingt-deux jours et cinq heures.

1. À sa demande, son prénom a été modifié.

Savoir +

Pour trouver la réunion des Alcooliques Anonymes, contactez le numéro cristal (non surtaxé) 09.69.39.40.20.

Publié dans AA france

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TÉMOIGNAGE : "Si je bois, je vais jusqu'à la cuite", rencontre avec les Alcooliques Anonymes du Mans

Publié le par kreizker

France Bleu, 16 Janvier 2024

Ils se réunissent jusqu'à trois fois par semaine au Mans pour parler de l'alcool, de dépendance et de rechute. Les Alcooliques Anonymes nous ont ouvert leurs portes pour évoquer leur combat quotidien pour maintenir une abstinence, parfois fragile.

 

 

"Bonsoir les amis, Benoit, malade alcoolique…", la phrase d'introduction est la même pour tout le monde. Il est 20h30, la séance débute autour d'une quinzaine de personnes, en grande majorité des hommes, assis derrières des tables disposées en un grand rectangle dans une salle de la paroisse Saint-Martin, au Mans. Les Alcooliques Anonymes ne débattent pas, donnent encore moins de leçons aux autres, mais parlent. Chacun déroule un monologue, plus ou moins long, sur leur dépendance à la boisson. Ce soir, le thème choisi est "le sens de la vie", lance Sylvain, animateur du jour.

"Personne ne nous juge, on est que des alcooliques ici" "

Donner sens à sa vie… Moi, j'avais perdu le sens effectivement", concède Benoit, qui vient de passer le cap de la première année sans toucher à un seul verre d'alcool, "arrêter de boire, c'est compliqué les quinze premiers jours, mais le plus dur c'est de travailler sur soi pour ne pas reprendre ce verre." Il remercie son épouse de lui avoir tendu le numéro des "A-A".

Ce verre, qui refait basculer dans l'ivresse, Anthony y a cédé en octobre dernier. "Normalement, j'aurais dû fêter mes un an cette année, mais malheureusement, j'ai fait une rechute", regrette le menuisier de 38 ans, "c'est venu en flash, j'ai pas pu me retenir… La première goutte du premier verre a fait que je n'ai pas pu gérer ma consommation." Et cela va jusqu'à l'ivresse, et même plus, "il n'y a plus rien qui retient".

Anthony livre ses impressions sur cet écart, en parle "sans tabou. Il n'y a qu'ici que je peux trouver une solution et il n'y a qu'ici qu'ils peuvent comprendre." "Il faut revenir", insiste Sylvain, 61 ans, "personne ne nous juge parce qu'on n'est que des alcooliques ici." Cette thérapie par le témoignage sert également aux autres. "On se rétablit par la parole, on partage, et on s'écoute", décrit Iza, l'une des rares femmes présentes, "c'est en écoutant les expériences vécues [par les autres, NDLR] que j'ai réussi à me rétablir."

24 heures à la fois

Décréter d'arrêter de boire pour le reste de la vie s'avère souvent une promesse non tenue. Une promesse intenable. Les "A-A" se donnent donc de très courts objectifs pour mieux tenir sur le long terme. "On parle d'un jour à la fois pour devenir et rester abstinent, c'est-à-dire ne plus boire du tout", pointe Iza, qui n'a pas consommé depuis sept ans. Une longue période, qui ne veut pas dire que l'alcoolisme est derrière elle.

"L'alcool ne fait plus partie de ma vie, mais je suis vigilante parce que je sais que la rechute est possible pour tout le monde", prévient la quinquagénaire, qui rappelle que certains de ses amis se sont remis à boire après dix ans d'abstinence. "Nous, on ne sait pas boire, si on consomme… On est tous morts là", alerte Sylvain, appuyé contre le mur, en désignant les autres d'un coup de menton, "je ne parle pas physiquement, mais plus vous avez des rechutes et plus la durée entre les deux consommations est longue, et plus vite, vous tombez."

Les cures ? "Il faut les faire pour soi, sinon c'est voué à l'échec"

Cet ancien employé de banque a commencé à enchainer les verres dans les années 90, jusqu'à ne plus pouvoir se raser le matin à cause des tremblements occasionnés par son addiction. "Je consommais d'une manière très, très forte, c'était six, sept bières par jour, une bouteille de whisky, voire plus pour me mettre mal", se souvient Sylvain. Il fait d'abord plusieurs cures pour ses proches, son ex-compagne et ses enfants, mais cela ne fonctionne pas. "La dernière que j'ai faite, je l'ai faite exclusivement pour moi. Et cela, c'est super important, il faut penser qu'à soi, sinon c'est voué à l'échec", conclut-il.

Aller en cure doit donc être une démarche très personnelle et motivée par l'alcoolique lui-même. Si elle est juste menée pour rassurer ses proches, le traitement n'aura que très peu d'effet. Une situation difficile à gérer pour la famille. "Même si on est bien entouré avec la famille qui nous aime, ils ne sont pas dans notre problème d'alcool, donc c'est compliqué d'en parler", témoigne Anthony, qui a mis quatre à cinq ans pour comprendre qu'il était malade.

Une prise de conscience qui prend du temps, d'autant que l'alcool en France est associée souvent à notre patrimoine, notre culture, et même paradoxalement à la santé. Près d'un Français sur quatre pense que boire un verre de vin diminue par exemple les risques de cancer, selon une enquête du Baromètre Cancer 2021, dévoilée fin janvier. En parallèle, Santé Publique France a mené une campagne publicitaire en début d'année "La bonne santé n'a rien à voir avec l'alcool*".

Publié dans AA france

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