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Alcoolisme : "j’ai réussi à être abstinent pendant 3 mois, puis j’ai rechuté", des réunions pour en parler

Publié le par kreizker

France Info, 26 Septembre 2021

Les Alcooliques Anonymes normands se sont réunis ce week-end à Houlgate (Calvados) lors de leur convention annuelle. L'occasion pour les adhérents de se rencontrer en chair et en os après des mois éprouvants de crise sanitaire. Quatre d'entre eux ont accepté de nous livrer leur témoignage.

L'association les Alcooliques Anonymes, née aux Etats-Unis, existe depuis 1935

L'association les Alcooliques Anonymes, née aux Etats-Unis, existe depuis 1935

Nous les appelerons Alice, Christelle, Emmanuel et Gabriel. Tous les quatre sont membres des Alcooliques anonymes. Ce weekend, la branche normande de l'association s'est réunie à Houlgate après des mois éprouvants de crise sanitaire, lesquels ont affecté durablement les personnes alcooliques. Les périodes de confinement ont été particulièrement difficiles à traverser, renforçant les syndrômes anxieux et dépressifs chez certains malades, provoquant la rechute dans la consommation d'alcool chez d'autres.

"Le confinement, pour une personne alcoolique, c'est un enfer"

Gabriel a poussé la porte des Alcooliques Anonymes en septembre 2020. Porté par la volonté de mettre fin à son addiction à l'alcool et par son courage, il a participé pendant deux mois et demi aux réunions de l'association organisées à Caen. "J’ai réussi à être abstinent pendant 3 mois... Et puis j’ai rechuté", confie-t-il.

Sa rechute coïncide avec l'instauration du second confinement et avec le passage obligatoire des temps d'échange en visio-conférence : "A partir de la fin du présentiel, j’ai décidé d’arrêter les réunions. Comme j’étais déjà en distantiel au travail, je n'avais pas envie de passer toute la journée derrière mon écran. Et je trouve que l’alchimie des réunions en présentiel, c’est quelque chose d’hyper important, c’est presque palpable cette énergie entre nous."

Je regrette que la municipalité de Caen n’ait pas reconnu les Alcooliques Anonymes comme étant d’utilité publique. Je trouve ça limite grave. Parce qu’à cause de cette décision, certains ont rechuté ou même attenté à leur vie.

Gabriel, membre des Alcooliques Anonymes

Parce qu'ils ont favorisé l'isolement social et le repli sur soi, les confinements à répétition ont considérablement affecté les personnes alcooliques. Au plus fort de la crise sanitaire, Emmanuel était en télétravail à 100% : "Et là, on n’a plus besoin de se cacher pour boire. Donc c’est d’autant plus facile de rechuter", explique-t-il, "Le midi, on peut boire ce que l'on veut comme on n’est pas sur le site de son entreprise. Pour moi, c’était très compliqué pendant ce confinement."  

Pour Alice, la tentation d'augmenter sa consommation d'alcool ne s'est pas fait ressentir. "J’avais une famille, j’étais  entourée, je vivais dans une maison. J’avais quand même de bonnes conditions pour traverser ce confinement", raconte-t-elle. Pour autant, la crise sanitaire a beaucoup joué sur ses angoisses et sur son sentiment de solitude : "Nous, personnes alcooliques, comme plein d'autres personnes d'ailleurs, on est quand même des hypersensibles. On a un problème avec les émotions, on a des difficultés pour gérer tout ce qui est angoisse, donc de ce point de vue-là, c’était compliqué."

 

En visio-conférence ou au téléphone, trouver une oreille attentive 

Faute de pouvoir organiser des réunions en présentiel, les Alcooliques Anonymes ont planifié des rendez-vous en visio-conférence tous les jours pendant les différents confinements. Cette alternative a permis à certains malades de trouver du soutien, comme Christelle : "Ça m’a aidé à pouvoir continuer mon chemin d’abstinence à un moment où j’étais très très fragile et où les portes physiques de l'association étaient fermées. Ça m’a tenue en haleine, je courrais en sortant du travail pour ne pas louper mes vidéos, c’était très important pour moi" , confie-t-elle.

En tant que personne malade alcoolique, c’était compliqué de ne plus voir les gens. Moi le digital, le téléphone ou la vidéo, m’ont aidée à sortir de l'alcool.

Christelle, membre des Alcooliques Anonymes

Partager son histoire pour guérir 

Malgré tout, pouvoir se retrouver physiquement est une source de satisfaction pour ces membres des Alcooliques Anonymes. Ils participent désormais chaque semaine à des réunions en présentiel. Des temps d'échange, où chacun peut témoigner de son histoire, de ses doutes, de ses peurs invaincues ou de ses combats remportés contre l'alcool. La porte de l'association est ouverte à tous, mais faire le choix de la pousser n'est pas toujours une décision facile, comme l'explique Emmanuel, qui a été orienté par un médecin : "J’avais un peu honte d’aller dans cette association. Je ne savais pas du tout ce que c’était. J’avais cet a priori un peu à l’Américaine de voir des gens pas communs, limite clochards. J’ai dis ok parce que c’était un peu ma dernière chance. J’y suis allé, et j’ai été agréablement surpris."  

Les gens sont ouverts, ils sont super gentils. Dès la première réunion, quand ils ont commencé à témoigner, j’ai compris que c’était là où je pouvais trouver une oreille et savoir vraiment comment j’allais pouvoir vivre sans alcool.

Emmanuel, membre des Alcooliques Anonymes

Alice, elle, a pris contact avec l'association en décrochant son téléphone. C'était la nuit. Elle était alcoolisée. En détresse. "J’ai eu une dame très bien qui m’a mise en contact avec un ami de Caen", raconte-t-elle, "On s’est eus au téléphone, on a beaucoup parlé, et cet ami m’a aidée à passer le cap de la réunion où il faut passer la porte et affronter cette vérité. On commence tout juste le chemin vers l’acceptation." 

Ce chemin vers l'acceptation est un travail de longue haleine contre le sentiment de culpabilité. En tant que femme alcoolique, Alice le ressent tout particulièrement : "Pour les hommes, c’est compliqué. Mais j’ai l’impression qu’en tant que femmes, on nous pardonne encore moins, parce qu’on est des mères aussi. On a énormément de culpabilité." 

L'association les Alcooliques Anonymes est joignable gratuitement 7J/ 7 et 24h/ 24 au 09.69.39.40.20

in "Ouest France", 28 Septembre 2021

Houlgate. Les Alcooliques Anonymes se sont réunis

Ce week-end, la convention des Alcooliques Anonymes se tenait au Centre sportif de Normandie. « Quinze réunions pouvant accueillir une quarantaine de personnes ont été programmées ainsi que trois réunions plénières recevant plus d’une centaine de personnes, indique Laurence, l’une des organisatrices. Les participants viennent de Bretagne, d’Ile-de-France, du Centre mais surtout de Normandie. Cela permet de créer du lien. »

 

L’association Al-Anon, qui vient en aide aux proches du malade alcoolique, était également présente. « Il y a beaucoup de souffrance, y compris pour l’entourage. Une personne est alcoolique quand elle ne contrôle plus sa consommation », ajoute l’organisatrice.

 

Durant les périodes de confinement, les réunions se sont poursuivies via des applications comme Zoom. « Nous avons perdu de vue quelques « amis », mais des nouveaux sont arrivés. C’est peut-être plus facile de rentrer dans une réunion en visioconférence », estime Laurence. Beaucoup de groupes en présentiel ont rouvert en juin, d’autres sont restés en visio tandis que certains sont hybrides. « Ce qui nous sauve est cet effet de résonance. Dans chaque partage, on retrouve une partie de sa vie. On se sent moins seul. »

 

Outre les problèmes liés à l’alcool, d’autres fraternités étaient présentes durant le week-end comme les anorexiques et Boulimiques Anonymes, les Narcotiques Anonymes et les Outre mangeurs Anonymes.

Publié dans AA france

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MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®

Publié le par kreizker

MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Bill W"

Anáhuac esquina Cuauhtémoc - Centro - Moroleón - Guanajuato 38800

Fondé le 20 Avril 2009

 

MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Vida y Alegría"

Cortázar No.23 - Centro - Moroleón - Guanajuato 38800

 

MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
Grupo "Tercera Tradición"

Enrique Colunga esquina Francisco Mujica - Constituyentes - Moroleón - Guanajuato 38000

Fondé le 27 Juillet 1983

 

Publié dans AA Monde

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Addiction, "J'étais anesthésié par l'alcool"

Publié le par kreizker

in "Corse Matin" (France), 26 Septembre 2021

Addiction, "J'étais anesthésié par l'alcool"

Les Alcooliques Anonymes ont traversé la pandémie non sans mal. Chez ces abstinents, toujours malades, la parole et le rendez-vous hebdomadaire sont une thérapie incontournable. Rencontre avec des hommes et des femmes qui ont frôlé les abîmes

J'avais énormément de tremblements et la seule chose qui les masquait, c'était l'alcool. Je me levais le matin et je buvais directement au goulot, j'attendais cinq minutes, puis je pouvais enfin aller boire mon café. Je tremblais tellement au réveil que la bouteille tapait sur mes dents... Je pense que comme j'étais une personne assez timide, c'est par l'alcool que je me désinhibais. Mais l'alcool s'est installé. Au point que je me cachais pour boire. Et puis, après une cure à Porto-Vecchio, j'ai eu un rendez-vous chez ma dentiste. Qui m'a demandé comment ça va ? J'ai trouvé ça un peu personnel. Mais elle a insisté. Alors je lui ai dit que j'avais peur de replonger. Elle m'a donné le contact des Alcooliques Anonymes... et je viens tous les samedis depuis seize ans'', François (*) arrête là son récit et remercie, avec un sourire. Ses camarades autour de la table lui renvoient la même bienveillance.

Au cœur de l'été, dans cette salle sans fard de l'église Saint-Théophile de Corte, sous l'image pieuse du saint patron, la demi-douzaine de participants, se sert une tasse de café dans un silence à peine interrompu. Les Alcooliques Anonymes sont des hommes, des femmes, plutôt quinquagénaires. Tous salariés. Excepté Dominique, retraité mais toujours présent. Le décor est simple, une table des chaises et les commandements des AA bien en vue : « Vivre et laisser vivre... pensez, méditez, pensez... je veux que la main de AA soit là... » Ce décorum minimaliste laisse toute la place à la parole et à son incroyable pouvoir de guérison.

On vient ici, une fois par semaine, en milieu de matinée, parce que l'on se sait malade, on se sait dépendant. Même si on est abstinent. Certains ont déjà essayé la médication, les pilules, les cachets. Mais le verbe est plus fort. Il libère, il apaise. Et surtout, il est entendu. Cette fameuse main vers l'autre. Alors c'est sans doute un lieu commun mais les AA sont une sorte de famille. Ou de communauté. Ils se réunissent d'ailleurs en convention, régionale, nationale. Et même en congrès mondiaux.

Cela peut sembler délirant au commun des mortels mais eux ont un besoin vital de ce moment de parole. 

Addiction, "J'étais anesthésié par l'alcool"
Souvenirs d'un alcool qui n'a jamais été festif

« Avec toutes mes copines, avec mon épouse actuelle et même avec mes patrons, j'ai toujours exigé d'avoir mon samedi matin de libre pour venir aux réunions des AA, souligne Henri, visage émacié et tanné par le soleil. Professionnellement, cela n'a jamais posé de problème. Et si cela devait en poser, je quitterais le poste parce que cela voudrait dire que ce n'est pas pour moi. »

Les quatre-vingt-dix minutes d'une réunion, selon le nombre de participants, s'ouvrent avec le Serment de Toronto, comme une prière psalmodiée, déclaré d'une même voix. Puis, sans formalité excessive, le modérateur donne la parole à la personne de service qui récite la réflexion quotidienne piochée dans le précieux livre des AA. Un recueil de pensées mais aussi d'exemples concrets sur l'alcoolisme, des textes qui invitent au partage des expériences, presque comme une confession. Ce jour-là, ces quelques lignes traitent de l'alcool festif, « l'alcool puissant et sournois ». Avec cette conclusion forte, « la sobriété est un don qui croît avec le temps ».

Mais avant de rebondir sur ce sujet, ou pour laisser infuser la réflexion, chacun témoigne de sa semaine, de ses soucis ou des bonheurs lors des sept derniers jours. Et la prise de parole s'ouvre avec le fameux, « bonjour, je m'appelle X. et je suis dépendant ». Alors Sandro, barbe fournie, épaules larges, raconte une convention des Narcotiques anonymes, ces instants émouvants de discussion et la difficulté concrète de s'occuper de sa santé. Karole, venue de Bastia, parle des problèmes du quotidien et de ces « montagnes » qui semblent tellement infranchissables. Un autre peste un peu contre les trajets quotidiens, quand Dominique évoque, lui, le mauvais moment passé avec, pourtant, quelqu'un qui est dans le programme des AA. Le dernier des membres présents ce jour-là explique ses soucis avec la vente d'un bien immobilier. Du quotidien, rien de trop grave, mais des mots. Ce n'est pas long, jamais, et nul ne se permet de couper la parole. Tout au contraire, chacun y va de son soutien et tous terminent leur intervention avec « j'avais juste envie d'être avec vous... j'ai besoin d'être là ». À cet instant, dans la voix et jusque dans le regard, résonne l'abîme qu'ils ont traversé, l'enfer qu'ils ont connu. Cela dure deux secondes mais quelque chose transpire.

Puis commence le tour de table sur la réflexion quotidienne. Il s'agit de s'ouvrir, de raconter son alcool sous cet angle-là.

Henri, qui a effectué, il y a plusieurs années, une cure de sevrage dans une institution de la région bastiaise, reprend la parole, se livre : « C'est vrai que j'aimais faire la fête. Et puis la moindre excuse était valable pour boire, pour organiser un apéro. Je trouvais là les bienfaits d'un médicament avant que ce ne soit une addiction. À partir de là, j'ai commencé à me cacher pour boire. » Sandro, lui, balaye d'une main la réflexion quotidienne : « L'alcool festif, c'est pour les gens normaux. Pour nous, c'est tout le contraire. J'ai commencé à boire à l'âge de 11 ou 12 ans. Et déjà, les copains me disaient'mais qu'est-ce que tu fais ? Calmos !' J'ai eu une première femme, un travail, mais ça ne m'a pas empêché de boire. Je pensais qu'avec ma deuxième femme ça irait mieux. Mais non. Ce sont les AA qui me font du bien. Et quand j'ai des problèmes, alors j'appelle mon parrain dans l'association. Après 36 ans dans la bibine, ça fait 12 ans que je suis abstinent et je n'ai pas envie de rechuter. » La petite assemblée perçoit la difficulté de Sandro le remercie, le réconforte.

Et c'est Dominique, de sa voix épaisse, fort de ses 43 années d'abstinence, qui poursuit : « Je parle toujours de mon alcoolisme triomphant parce que je pouvais faire plein de trucs. Et puis le couperet est tombé. Je n'allais pas au bistrot : je buvais directement à la bouteille et ça a duré huit années. Des années plus tard, je suis toujours persuadé de cette phrase, 'rien ne peut mieux nous immuniser que l'action vers les autres alcooliques'. C'est une croissance spirituelle. »

Addiction, "J'étais anesthésié par l'alcool"
« Je pouvais boire n'importe quoi »

Dans le monde de 2021, plutôt égoïste, replié, égocentrique, parfois moralisateur, une réunion des AA sonne comme un rappel de valeurs simples et naturelles. C'est au tour de Karole de réagir à la réflexion sur l'alcool festif : « J'ai compris assez vite que les bons moments de l'alcool ne reviendraient jamais. Je pouvais boire n'importe quoi ça me faisait ni chaud, ni froid. J'ai pris conscience que continuer ce serait difficile. Et m'arrêter ce serait difficile. Mais j'ai arrêté, plusieurs fois. J'ai rechuté une première fois au bout de neuf ans. Mais ça fait maintenant dix ans et demi que je suis abstinente. »

La parole revient à Henri, le modérateur. Il lâche son stylo quelques instants pour se souvenir des « rêves heureux et colorés. L'alcool est joyeux pour ceux qui le peuvent. J'ai touché le fond en Corse. Et, après des soins, j'ai mis huit mois avant de revenir dans un restaurant. Pourtant j'adorais ça. Mais je n'étais en fait intéressé que par ce qu'il y avait dans mon verre. Maintenant je regarde enfin mon assiette ».

Les yeux dans les yeux tous affirment qu'ils sont malades. « On fonctionne différemment, estime l'un : à la moindre goutte d'alcool, nous avons des capteurs qui s'affolent et un verre ne suffit jamais. »Parmi les 12 étapes établies par les Alcooliques Anonymes, la première impose de prendre conscience de son impuissance face à l'alcool. Ces étapes sont des marches vers le bien-être, des mantras qui concernent autant le tort que l'on a fait, que l'inventaire moral approfondi que l'on se doit d'effectuer. Et ce n'est pas chose simple, cela impose un dépouillement personnel. Il n'y a ici aucun romantisme de l'alcool, pas d'images de cocktails au bord d'une piscine, de glaçons qui tintent sur fond de jazz. C'est une addiction crasseuse, collante, cauchemardesque et mortifère.

Lors d'une autre réunion, au mois de juillet, un accrochage verbal a lieu dès l'ouverture de la réunion entre Henri le modérateur et Georges, 42 ans dont deux d'abstinence, venu d'Ajaccio. Ce dernier s'emporte pour une question d'organisation de la séance. Il range sa bouteille d'eau, sa pomme et rentre chez lui sans même attendre que tout le monde soit assis. « J'ai vu qu'il n'était pas bien », regrette le modérateur, stoïque. « Moi aussi, dans les réunions il y a parfois des personnes que je ne supporte pas mais je reste, renchérit Dominique, toujours présent. On voit qu'il n'est pas guériIl faut laisser le ressentiment de côté quand on vient, le ressentiment est un sous-produit de l'orgueil. »

Malgré cette électricité et les fortes chaleurs, les AA sont, ce jour-là, huit autour de la table. Dont trois dames. Le café a coulé, le paquet de canistrelli passe de main en main, la Saint-Georges circule et cette fois, la réflexion quotidienne porte sur « aider les autres » et l'égocentrisme de l'alcoolique. Tout le monde y va de son hochement de tête, comme un rappel de ce qu'ils étaient « avant ».

Puis il y a la lecture de la septième tradition qui en compte douze, comme les étapes. Ces textes résonnent comme des préceptes mais sont d'ordre collectif, plus centrés sur le fonctionnement des AA, presque un règlement intérieur. Et le septième déclare en préambule « tous les groupes devraient subvenir entièrement à leurs besoins et refuser les contributions de l'extérieur ». Une notion de quasi-pauvreté qui reste aujourd'hui encore importante, pour ne pas dire capitale, aux yeux des membres (lire par ailleurs).

Lorsqu'il s'agit ensuite de partager ses sentiments sur l'égocentrisme, Henri inaugure le tour : « J'étais anesthésié par l'alcool, je ne voyais pas cet égoïsme. La première fois que je suis arrivé aux AA, je ne connaissais pas cette sensation de personnes qui venaient vers moi sans rien demander, juste pour m'aider. Avant ça, j'étais invivable. Je n'avais pas de vie familiale avec pourtant trois sœurs, un frère, mon père. » Dominique, écarquille ses grands yeux bleus, mouline avec ses bras : « Je suis arrivé en février 78 aux AA ! J'en ai vu hein ! Au bout de sept ans d'abstinence, j'ai suspendu les réunions, pensant que c'était bon pour moi, eh bien rebelote je me faisais une montagne d'un simple gravier. En fait, j'aime venir aux réunions : rien n'immunise mieux que de travailler auprès d'autres alcooliques, parce qu'il ne faut pas oublier que ce sont de grands malades. »

Cécile, grande dame à la voix limpide, embraye : « Avec le recul,  je me rends compte de mon égoïsme. Je faisais ce qu'il fallait pour qu'on me foute la paix. Les gamins, je les mettais au lit pour pouvoir boire. Je ne suis pas fière. À l'assistante sociale j'affirmais que j'avais arrêté, pour ne pas avoir d'histoire, par peur du qu'en-dira-t-on aussi... aux AA ça me fait du bien d'entendre les autres dire ''je n'ai pas bu depuis samedi, depuis dix jours, depuis un an''. Aider les autres, c'est un bonheur inestimable. »

De l'importance d'aider les autres alcooliques

Chacun a son histoire, bien différente, « chacun touche le fond à sa manière », mais tous se retrouvent dans le cauchemar de la dépendance et la bouée de sauvetage de ces réunions. La parole est maîtrisée, directe, sans jamais s'écarter ou digresser. On évoque ses premiers pas dans l'association, les doutes, les craintes aussi.

René, cheveux poivre et sel, petit collier de barbe, vient du Continent, de passage dans l'île à l'invitation de son ami Dominique : « J'ai arrêté une première fois de boire en 2008, pendant huit mois. Puis je me suis une nouvelle fois arrêté, sans faire de cure, en 2015, un mois après avoir intégré les AA. S'occuper des autres, aujourd'hui, cela me fait grandir, c'est ma philosophie. Je prends parfois des permanences de nuit au téléphone et quand on parle avec ces alcooliques, c'est très fort... et je pense toujours à cette réunion où j'ai annoncé mes 17 jours d'abstinence et que tout le monde m'a applaudi. Cela m'a fait chaud au cœur, c'était fou. »

Carrure athlétique, débardeur turquoise, Valérie annonce, dans un demi-sourire qu'elle a compris son problème avec la bouteille le jour où les gendarmes l'ont arrêté dans le centre Corse pour un banal contrôle routier : amende, suspension du permis, saisie du véhicule et une peine, avec sursis, qui fait fortement réfléchir.

Elle confie tout aussi bien, qu'elle n'a pas réussi à s'arrêter d'un coup. Il y a eu des semaines, des mois de victoires... chaque fois remises en cause. « Mais en décembre, cela fera huit ans que je suis abstinente », se réjouit-elle, cette fois dans un sourire complet.

François, d'Ajaccio, plaisantant presque sur les dernières opérations qu'il a subies, illustre à sa manière l'égoïsme passé : « Quand j'ai pris conscience de mon alcoolisme, j'étais tellement orgueilleux que j'ai voulu arrêter tout seul, sans aucune aide. Je me suis enfermé chez moi. Pendant dix jours, j'ai dégusté... et quand je suis sorti je suis tout de même allé voir mon médecin. Qui m'a dit que c'était très dangereux, que j'aurais pu faire un delirium tremens. »

Quand la réunion se termine aux alentours de midi, il y a des sourires, un chapeau tourne pour mettre quelques pièces, on demande qui rentre avec qui et qui sera là samedi suivant. Il faut libérer la salle, la cafetière est rincée, rangée, les livres retrouvent leur place dans les cartables. Sur le parking plombé de chaleur, tout le monde se dit à samedi prochain. Les organismes semblent rechargés pour une nouvelle semaine. « Nous sommes des malades émotifs, glisse en partant Valérie, tout peut prendre des proportions démesurées chez nous. Échanger, cela permet de relativiser. »

Pères, mères de famille, salariés, ces madame et monsieur tout le monde se soignent ainsi, avec une volonté d'airain et des mots. Pour l'heure, on n'a pas trouvé plus sain et plus simple pour combattre cette maladie insidieuse.

‘‘Je mettais du lait  dans mon whisky…''

Cécile se tient bien droite et raconte son histoire d'alcoolique. Elle ne cache rien. Autour de la table, tous et toutes savent que les femmes ne sont pas épargnées par la boisson. Il n'y a aucune raison pour cela. En Corse comme ailleurs. Cécile, maman de deux ados, vient d'un pays d'Europe où la bière est un monument national. " J'ai connu l'alcool à 14, 15 ans, se souvient-elle. En cachette de mes parents. C'était des moments très festifs, des grosses murges du week-end. Mais pas tous les week-ends ! "

À 20 ans, elle arrive en France. À 22, en Corse. Mariage, grossesses et vie de village dans le sud de l'île. " Mon mari m'a vit fait comprendre que le bar n'était pas fait pour les femmes. Lui y allait tous les soirs. Mais il n'avait absolument rien d'un alcoolique. En revanche, seule, je glissais peu à peu vers la dépendance, en buvant dès qu'il partait. C'était peut-être une forme de rébellion. Mais j'étais malheureuse ça c'est évident, en couple oui, professionnellement aussi. On boit parce qu'on est triste et on est triste parce que l'on boit… Et c'était le début de la fin. "

Elle va commencer par boire des Pietra. Plusieurs bien sûr, tous les soirs. Mais, comme elle le dit, plus un alcoolique consomme et plus il consomme moins cher. Forcément le budget n'est pas extensible. Cécile va commencer à consommer tout ce qui lui passe par la main. Du pastis. Mais aussi du whisky," alors que je n'ai jamais aimé ça… mais je rajoutais du lait. Pour tout dire, je me suis arrêtée de boire pendant ma seconde grossesse tout de même. Mais j'ai ressenti le manque. Et c'est même devenu une obsession. Je pensais à mon verre de 18 heures, en me disant tu l'as bien mérité après cette journée. Je me mettais une caisse tous les soirs, je buvais sans avoir soif ".

Entre 30 et 35 ans, Cécile va vivre une " dégringolade ". Très consciente de son état, de sa dépendance, elle va user d'artifice pour acheter sans se faire repérer. Quitte à descendre faire ses courses aux villages voisins, jusqu'à Ajaccio parfois, en prenant soin de glisser du Sopalin entre les bouteilles pour qu'elles ne tintent pas dans les sacs. " Parce que j'étais un peu paranoïaque. Je fermais les volets pour pas que l'on me voie ! À partir de 18 heures, j'avais même peur de répondre au téléphone, de bégayer. "

La jeune femme va sombrer pendant cinq années. Puis sortir la tête de manière inattendue et douloureuse, au décès de sa mère. " Je me suis toujours dit qu'elle était mon filet, qu'elle m'aiderait, ou qu'elle aiderait mes enfants. Mais sans elle, j'ai eu vraiment peur. Il y a eu une prise de conscience oui. Alors très simplement, j'ai tapé sur internet, alcool, aide. Et je suis tombé sur un forum des AA avec des Belges, des Canadiens… je me suis senti en sécurité de savoir qu'il n'y avait pas de Corses ! D'ailleurs les AA en Corse n'existaient pas encore. Et j'ai donc posé le verre comme ça. "

Pas de cure et pas de médicaments pour ne pas avoir à avouer sa dépendance à un docteur qui pourrait la reconnaître. Les internautes, bienveillants, lui demandaient juste de faire abstinence un jour après l'autre. De ne pas voir plus loin que les prochaines 24 heures. Cécile s'accroche. Mais souffre psychologiquement. Les participants du forum lui recommandent de partir sur le Continent, rencontrer physiquement des AA, d'entrer dans un groupe. " C'est là que j'ai eu ma marraine dans l'association. C'était quelque chose de très rassurant parce que je ne connaissais personne. Et j'avais très peur des cachets, des molécules qui pourraient me rendre dépendantes. Nous autres alcooliques, on est sensibles à la dépendance, nos capteurs de sérotonine entrent vite en folie, je ne voulais pas remplacer l'alcool par autre chose. Même si je reconnais que pour d'autres ça peut très bien fonctionner. "

Finalement en janvier 2005, elle est contactée pour mettre sur pied un groupe de AA à Corte. Elle est la troisième à les rejoindre. Depuis, grâce à un travail considérable sur elle-même, une acceptation de soi-même, elle va mieux à tous les niveaux.

Remariée (" oui il sait que je suis une ancienne alcoolique, forcément, vu que je ne bois que l'eau "), avec une relation encore plus forte avec ses enfants, une santé retrouvée, Cécile affichera cette année sa 17e année d'abstinence. Et sait tout ce qu'elle doit aux AA : " J'ai appris à m'aimer telle que je suis. Et je tente d'aider les autres. Avec le confinement, il y a eu des situations terribles, des gens qui avaient besoin de parler, de rencontrer d'autres AA. J'ai fait des permanences de nuit. C'était à vous arracher le cœur. " Elle est désormais une sorte de militante de l'abstinence, de ces personnes dont ont besoin les alcooliques pour s'en sortir. Expérience, bienveillance, Cécile se met désormais au service des autres.

Une association avec zéro subvention

C'est assez rare pour le noter : les Alcooliques Anonymes se financent seuls. Et cela fait quasiment partie du processus de guérison. Au départ de l'association, aux États-Unis, la médiatisation des AA avait entraîné un mouvement de soutien populaire et des dons de la part de riches Américains. Presque immédiatement, les dirigeants de l'association se sont demandé s'il fallait accepter cet argent, en soulevant la question du lien de pouvoir que ces fonds pourraient créer, du rôle alors d'un trésorier. Naturellement ils ont refusé : les AA se financent avec le chapeau qui tourne à la fin des séances, pour payer les loyers (autour de 60 euros le mois pour une salle), le café, les biscuits. Dominique, le plus ancien, comprend et approuve, ce système : " Quand je suis arrivé en Corse, je voyais ce que certains mettaient dans le chapeau et je me disais, mais c'est trop ! Parce que notre mouvement doit rester pauvre. L'idée c'est que des gens irresponsables, nous, les alcooliques, se sont éveillés à la responsabilité ! Il y a longtemps Pepsi et Coca ont voulu proposer leurs services et leur argent mais les AA ont refusé. Cela aurait été confortable. Pourtant, ils ont dit non, on ne veut pas de votre argent. Et, en France, quand on a demandé aux dirigeants des AA s'ils voulaient passer en association d'utilité publique, ils ont compris que cela signifiait aides et subventions, donc ils ont dit non merci. "

Les AA, créés en 1935 par Bill Wilson et le docteur Smith, ont fondé la réussite de leur action après, entre autres, les paroles du psychanalyste Carl Jung qui parlait " d'une expérience spirituelle ou religieuse  " afin de maintenir la motivation de l'abstinence. Parce qu'il y a indubitablement quelque chose de religieux chez les AA. " Mais attention, prévient le modérateur, autour d'une table il peut y avoir tous types de confessions. Cela ne compte pas. On parle d'un Dieu dans les textes mais c'est tout autant une force spirituelle. Pour certains c'est même le groupe des AA qui est ce Dieu tant il l'aide et le soutient. "

Les Alcooliques Anonymes n'entrent dans aucune case connue aujourd'hui au titre des associations, ils n'exigent aucune cotisation, aucun droit d'entrée, respectent l'anonymat et ceux qui, en fin de séance, peuvent et veulent donner le font. Ceux qui ne peuvent, ne veulent pas, ce n'est pas grave. Le problème de l'argent a été effacé. Pour s'intéresser uniquement à celui de l'alcool.

(*) : les prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat
AA de Bastia, réunion les mardis à 19 h, au CCAS, rue François Marchioni, route Royale, entrée rue Ste Thérèse. AA de Corte, réunion les samedis à 10 h 30, annexe église St Théophile, RN 193 (derrière la station Vito). AA d'Ajaccio, réunion les mercredis à 18 h 45, HLM Pietralba, Bat. B2, rue Nonce Benielli. Téléphone régional : 09. 69. 39. 40. 20.

 
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"Namur : les Alcooliques Anonymes wallons et bruxellois se retrouvent à leur Q.G. après de pénibles mois de confinement"

Publié le par kreizker

RTBF (Belgique), 26 Septembre 2021

Deux sites namurois ont accueilli les A.A. (Alcooliques Anonymes) ce dimanche. Une journée de retrouvailles pour célébrer le retour des réunions en présentiel et la poursuite des rencontres virtuelles initiées pendant un confinement souvent douloureux.

Deux sites namurois ont accueilli les A.A. (Alcooliques Anonymes) ce dimanche. Une journée de retrouvailles pour célébrer le retour des réunions en présentiel et la poursuite des rencontres virtuelles initiées pendant un confinement souvent douloureux.

Plus de 200 membres wallons et bruxellois des A.A. (Alcooliques Anonymes) se sont réunis sur deux sites à Namur, ce dimanche. Namur abrite en effet le quartier général de l’association.
Cette journée se voulait plutôt festive et informative. Une journée marquant les retrouvailles en présentiel, après des mois de confinement souvent très pénibles. "Une bonne partie des réunions ont repris en Belgique francophone. Mais aujourd’hui, nous voulions marquer le coup dans notre principal centre namurois de Naninne", explique Jean-Claude, membre actif de l’association. Une manière de tourner une page douloureuse aussi. Celle des périodes de confinement pendant lesquelles le nombre d'appels à l’aide a augmenté d’environ 50%. Un taux estimé, les A.A. ne voulant pas établir de statistiques. 

"Pendant ces longs mois, malheureusement, de nombreuses personnes, très isolées, ont rechuté", souligne l’homme qui a lui-même connu les souffrances de l’alcoolisme. D’autres personnes ont tenu le coup, grâce aux contacts téléphoniques et aux réunions virtuelles.

 

Des jeunes noyés dans l’alcool

Faute de rencontres en présentiel, les périodes de confinement ont souvent été mal voire très mal vécues, surtout chez les jeunes alcooliques. "J’avais déjà des problèmes d’alcool avant le confinement, mais cela s’est amplifié pendant le confinement", explique Eloïse, une étudiante de 24 ans. "Je buvais toujours plus ! Et plus tôt dans la semaine aussi ! C’était surtout le week-end, avant le confinement. Mais là, on commençait à boire dès le mercredi".

Après la session de juin, l’état de santé d’Eloïse se détériore. "En juillet et en août, j’ai été hospitalisée. Mes difficultés psychologiques se sont gravement accentuées. Je souffrais de solitude, de l’absence de liens sociaux. Tardivement, mais heureusement, j’ai découvert la possibilité de dialoguer avec les A.A. de manière virtuelle (via les applications internet) et cela m’a fait beaucoup de bien, même si rien ne vaut le présentiel".

Des seniors aussi, comme Dani, ont pu éviter la rechute grâce aux contacts téléphoniques et surtout grâce aux réunions virtuelles, par ordinateur interposé. "Cela a été salvateur pour de nombreuses personnes, y compris pour moi-même", avoue-t-elle.

"Le confinement a été une période difficile", explique Laurent, membre des AA. "D’autant plus que je suis informaticien et que je recevais sur mon écran de nombreuses invitations à participer à des apéros en ligne. C’était une véritable tentation. Puis, beaucoup de personnes alcooliques ou abstinentes ont été fragilisées en raison de la solitude ou à cause de tensions familiales. Moi, je ne peux pas rester seul, sinon je rebois. J’ai heureusement participé aux réunions virtuelles. C'était nouveau pour les A.A. belges, alors qu'aux Etats-Unis ou au Canada, cela se pratiquait déjà. J’ai par ailleurs aidé des personnes à utiliser les applications permettant de se réunir en ligne. Car la fracture numérique existe. De plus, j’ai noué des liens avec d’autres personnes confrontées à l’alcoolisme à l’étranger, notamment au Québec".

 

Le virtuel complément du présentiel

"A cause du confinement, nous avons perdu le contact avec certains membres des A.A. Rien de tel que le présentiel, mais nous continuerons à organiser des réunions en ligne pour aider davantage de personnes", souligne Colette. "Le numérique sera un complément, notamment pour les personnes à mobilité réduite ou les amis et membres des A.A. qui habitent loin des lieux de réunion. Nous avons aussi une page FB, car les réseaux sociaux aussi peuvent constituer un lien utile".

En Belgique francophone, l’association compte environ 220 groupes de parole et d’entraide. Un peu plus de 180 d’entre eux ont déjà repris leurs réunions en présentiel. Des moyens divers de se parler, souvent précieux, parfois vitaux !

L’adresse de l’association : alcooliquesanonymes.be

 

"Namur : les Alcooliques Anonymes wallons et bruxellois se retrouvent à leur Q.G. après de pénibles mois de confinement"
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Publié dans AA Belgique

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