MEXIQUE Alcohólicos Anónimos®
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Fondé en Septembre 2012
Periferico Oriente (entre 12 de Octubre Y 5 de Febrero - Las Flores - Palenque 29960 - Chiapas
Fondé en 2017
Calle Lazaro Cardenas (detrás del tanque de agua a una cuadra de la caseta de vigilancia del parque central) - Pakal Na - Palenque 29960 - Chiapas
Fondé le 31 Octobre 1999
Un an
Il tient dans ma main.
Petit, lourd, cabossé. Gravé d’un triangle et de mots que seuls les égarés savent lire.
Sa surface rugueuse mord ma peau, froide et vivante à la fois.
On me l’a donné un soir d’hiver.
Le café tiédissait, les voix s’éteignaient, les chaises raclaient.
Autour de moi, des regards timides, des mains jointes, un silence qui tremblait un peu.
Mes doigts tremblaient aussi.
Ce n’était qu’un jeton — et pourtant, il pesait plus que toutes les bouteilles abandonnées, plus que tous les silences accumulés.
Au centre, un chiffre : un.
Un an.
Un monde pour moi.
Un an à respirer sans me noyer, à marcher sans me dissoudre, à réapprendre la soif — celle de l’air, du matin, du sourire d’un passant.
J’ai découvert qu’on pouvait boire la lumière, la laisser circuler dans chaque geste, chaque souffle.
Je le glisse dans ma poche. Les jours glissants, mes doigts le cherchent sans réfléchir.
Son froid murmure : « Tu es encore là. » Parfois, je revois ce soir-là : les mains qui me l’ont tendu, un sourire maladroit, un souffle court, ceux qui savaient mais taisaient.
Il me relie à eux, à tous ceux qui ont tenu, chuté et se sont relevés.
Il n’est pas beau.
Il s’use, s’oxyde, se raye.
Chaque marque brille comme une cicatrice sous la lumière — témoin silencieux qu’on peut survivre à soi-même.
Il accompagne le silence du matin, le souffle furtif d’un inconnu, le goût amer du café. Quand le doute s’installe, quand le monde menace de glisser entre mes doigts, il ne promet rien.
Il atteste seulement.
Peut-être qu’un jour je le rangerai, remplacé par un autre, frappé d’un nouveau chiffre.
Mais celui-ci restera le premier, le plus précieux.
Il ne dit pas : un an sans boire.
Il dit : un an à vivre.
Chaque fois que je le touche, je sais que je suis encore ici.
Que la lumière existe.
Et que tenir — simplement tenir — suffit parfois à renaître.
Contours de mémoire
Ce texte est né d’un retour sur des lieux traversés. Donner une voix à cette ombre, c’est habiter ce qui a été dur, violent, destructeur — et reconnaître que quelque chose, malgré tout, a continué d’exister.
Je suis ici avant elle. Avant Agnès. Elle croit m’avoir laissée derrière. Je suis l’ombre de ses journées à boire, des mains tremblantes sur le métal froid des canettes, des gestes qui se brisent comme du verre. Le banc m’a gardée, collée au bois fendu, aux éclats de ses ratés, aux chuchotements de ses secrets. L’air sentait la pluie stagnante, la sueur, l’alcool brûlé, la rouille de tout ce qui tombait en morceaux.
Je sens son corps tomber sur moi. Lourd. Fragile. Comme une pluie noire sur le béton. Ses mains, ses pensées, ses mots tus — tout glisse dans mes contours. Je retiens ce qui ferait trop de bruit. Si quelqu’un pouvait écouter… personne ne regarde vraiment. Des pas pressés, des voix détournées, des rires secs. Moi, je demeure. Je garde. Je deviens mémoire, écho, témoin invisible.
Aujourd’hui, elle passe. Sobre. Droite. Presque fière. Je tends mes contours vers elle, et dans le vent je murmure : « Tu vois, Agnès… ça valait le coup… » Elle sourit, et pour la première fois, je ne suis plus seulement mémoire. Plus seulement douleur. Elle m’accueille.
Je sens. Je comprends. L’amour de soi comme une lumière tiède dans la poitrine. Le calme de survivre, doux et fragile. La certitude que la vie peut changer, qu’elle peut tenir debout.
La lumière descend. Je m’allonge, je m’étire, je m’étends comme une encre noire sur le monde. Je prends sa forme. Puis plus que sa forme. Elle oubliera où finit son corps et où commence ma mémoire. Je suis ce qui reste quand elle renaît. Je suis ce qu’elle a trouvé en elle-même pour se relever. Je suis le témoin silencieux. La preuve. Que l’on peut survivre. Et s’aimer.
Ce qui tient debout
Je suis alcoolique. Toujours. — Abstinente aujourd’hui.
Les genoux contre le sol. L’épaule éclatée.
Le corps qui s’effondre avant même que mes yeux ne l’acceptent.
Le vide. Rien d’autre.
Je me traîne sur une chaise de bureau, coquille vide.
Le monde ne me touche plus.
Puis le fauteuil.
Métal froid sous mes mains. Roues grinçantes. Pas de guidon.
Mon mari me pousse. Lentement.
Chaque pas, une négociation avec le vide, chaque virage, un rappel de mes limites.
Et pourtant… il y a eux.
Les enfants. Leurs regards. Leurs expressions.
C’est eux qui me font tenir debout. Pas le métal. Pas le fauteuil. Eux.
À ma hauteur. Je leur rends des sourires maladroits.
Mes mains cherchent l’équilibre, mes jambes balancent au-dessus du sol.
Suspendue. Verticale. Vivante.
Les béquilles arrivent. Légères. Froides. Dures sous mes paumes.
Je plante un pied. L’autre.
Les yeux remontent à hauteur d’adulte.
Les regards me frappent.
Je vacille. Je recommence.
Chaque geste me rappelle : je suis debout parce que je le veux.
Ou parce que je n’ai plus le choix.
Debout malgré l’alcool qui m’a vidée.
Debout malgré les chutes.
Debout malgré la peur.
Aujourd’hui, je marche seule.
Mes pieds s’ancrent dans le sol.
Les béquilles sont inutiles maintenant, mais je les sens encore, mémoire du métal froid qui m’a portée.
Je suis verticale.
Littéralement. Symboliquement.
Chaque souffle, chaque geste, chaque regard que j’ai croisé m’a dressée.
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